La mer vomit

La mer, c’est pas une carte postale,
C’est pas pour les amants en sandales,
C’est pas une blonde aux yeux d’azur
Qu’on courtise au mois d’août, bien sûr.

La mer, c’est une vieille qui crache
Des bouteilles vides et des attaches,
Des sacs plastiques comme des mouchoirs
Pour nos péchés qu’on ne veut plus voir.

Elle vomit nos gestes crasseux,
Nos mégots, nos bidons huileux,
Morceaux de pneu, ou rêves foutus
Et des poissons qui sont même plus vus.

Elle gueule, la mer, elle éructe !
Du pétrole et du sang et des trucs,
Elle crache au port, sur les amarres,
Des souvenirs de marées noires.

C’est pas l’océan de tes vacances,
C’est pas la danse de l’innocence,
C’est pas un bleu qu’on met en fond
Pour des selfies sans horizon.

C’est un théâtre aux acteurs disparus
Où les méduses se noient dans l’inconnu,
Où les baleines meurent en silence
Sous les applaudissements de l’indifférence.

Tu crois qu’elle dort, la mer ? Tu rêves !
Elle rumine sous ses lèvres qui crèvent
Et quand elle monte, c’est pas pour rien,
C’est pour foutre au large les bons chrétiens.

Elle sait tout, la mer, elle ressent
Le plastique dans le lait des enfants,
Elle vomit l’homme comme un poison
Puis elle reprend le refrain de sa chanson…

Un chant fait d’écume et de colère
Qui dit : «  J’en ai marre d’être poubelle,
Un chant fait d’écume et de colère
Belle aux yeux d’aveugles rebelles »

Alors elle monte, elle monte, tu vois !
Pas pour la photo, non pas pour toi !
Mais pour griffer la côte, comme un cri
Et te recracher tout ce que t’as mis.

Dans son ventre, dans sa mémoire,
Elle te rend l’histoire, et sans fard,
La mer n’oublie pas, elle attend
Et quand elle vient, c’est rarement lent.

Alors regarde-la quand elle déborde !
C’est pas l’amour mais la discorde,
C’est le crachat d’une vieille blessée
Qui rend les ordures qu’on lui a laissées.

Un autre monde

Un autre monde

Ce matin, j’ai ouvert mes volets,

Et mes yeux se sont émerveillés

De notre terre ensoleillée

Embrasée par cette douce lumière.

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J’ai alors entrouvert mes croisées,

Mes oreilles se sont éveillées

Aux délicieuses ritournelles 

Du merle et de l’hirondelle. 

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Puis J’ai respiré ce doux parfum.

Les fleurs ont laissé leurs embruns

Essence richement composée

Effluve de rose et de serpolet.

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Alors, grisé par tant de douceur

J’ai tourné la tête sans peur.

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Je n’ai vu du décor que la grisaille

Triste revers de la médaille. 

J’ai entendu des échappements

Le sourd grondement discordant

Et senti de l’air environnant

Son souffle empoisonnant.

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Oh jolie planète bleue !

Tu es de ce monde notre mère.

Tu étais notre terre.

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Guy E – mars 2021

Gaïa

Gaïa

Séléné est sortie et regarde la terre.

De son regard moqueur elle toise Jupiter.

Fille ainée d’Hypérion, elle lève ses armées

En montrant du doigt, Gaïa, la bien nommée.

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Elle regarde l’océan, souffle sur les voiliers

Mais ne voit à leur place que de noirs pétroliers.

Où sont ces oiseaux, jadis empereurs des mers,

Leurs ailes sur un océan de polymères ?

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Les eaux apaisées qui caressaient les galets

Agitent alors leurs vagues en frappant les rochers

Et jettent sur les dunes une troupe de démons,

Arrachant le sable, détruisant les maisons.

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L’astre lunaire au plus fort de son périgée,

En flots déchainés dépêche ses marées.

Envoyant ses titans, déchaîne ses tempêtes ;

Point d’indulgence, elle poursuit sa conquête.

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A l’origine du mal, le peuple insoucieux 

Regarde incrédule, la colère des cieux.

Sans comprendre ce qu’ils ont fait du paradis :

De l’Élysée, ils en ont fait une tragédie.

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Guy E – février 2021