Dérive

Dérive

Regarde l’horizon, rêve d’éternité,

Sous un ciel azuré pas assez éclairé !

Guidé par l’espérance et ses contre-courants,

J’ai jeté une ancre dans l’océan du temps.

.

Entre ciel et terre, l’étrange escroquerie !

Déjà les vents malins s’essoufflent sur ma vie,

En rythment jours et nuits chacun des battements,

Érodent sans cesse les rives du présent.

.

Point de port ni de quai pour enfin accoster.         

Sans jetée, point de havre pour se reposer.

J’affale les voiles de mon frêle radeau.

Espoir d’une pause. Quel étrange credo !

.

Illusion du pouvoir, j’évite un naufrage

En reprenant un cap. Emporté par la vague,

Je fixe la ligne relative du temps.

L’océan de mes jours n’est donc pas assez grand.

.

Guy E – octobre 2021

La fuite du temps

La fuite du temps

.

Je vole dans le temps, mon âme tourbillonne.

Le vent taquin souffle et chante la vie.

Passent les années ; les saisons carillonnent.

Les fruits mûrissent et se goûtent avec envie.

D’où vient cette ombre qui suit mes pas ?

Souvenirs périmés d’une vie accomplie,

Sur cet horizon, je ne me retourne pas.

Il n’est point de retour sans mélancolie.

.

Les jours se pressent et les ombres restent.

Laissons le temps passer sans compter les lendemains,

Il nous devancera, dans sa course funeste,

Et peut- être se trompera-t-il de chemin.

.

Sonne l’heure, il n’est jamais trop tard

Pour vivre et s’aimer. Le temps s’enfuit,

Laissons-le courir et jetons les amarres.

Le soleil se couche, mais il ne fait pas nuit.

.

Guy E-Juin 2021

Les ailes du temps

Les ailes du temps

La vie s’envole, portée par les ailes du temps 

Qui emmène avec lui, nos joies et nos peines. 

Comme cet oiseau qui joue dans la fontaine,

Avant de s’élever dans l’azur éclatant.

.

Comme ce papillon, elle voltige, fragile,

Tantôt volage ou parfois capricieuse.

Elle se pose puis s’échappe, gracieuse,

Butinant le temps à la recherche d’un asile.

.

La peur de se perdre, ne plus avoir pied,

L’empêche d’avancer. Il lui reste le rêve

Pour enfin s’accorder un moment de trêve :

Un répit, une recherche de liberté.

.

Quelques mots qui brillent, renaître pour avancer,

C’est l’espoir de la vie qui s’ouvre à l’avenir.

Le bonheur était là, il fallait s’en servir,

Pour croire sans tourment à sa destinée.

.

Guy E- juin 2021

Océan

Océan

De mes mains, j’ai puisé l’eau de ton rivage :

Liquide insaisissable, ce n’était qu’un mirage. 

Elle s’est échappée, sans arme ni vacarme ;

Je n’en ai retenu difficilement qu’une larme.

.

J’ai ramassé ton sable blanc sur ce rivage, 

D’entre mes doigts, il a glissé sur la plage.

Chacun de ses grains s’est répandu sur la jetée.

Je n’ai su garder que ce petit gravier.

.

J’ai saisi une feuille tombée de ce chêne.

Elle a été emportée par le vent sans peine,

S’est envolée, perdue dans cette charmille.

Je n’ai pu rattraper que cette brindille.  

.

Aucun filet n’a jamais retenu l’eau ni le sable,

Il en est de même pour les secondes, point de fable.

Chacune d’entre elles, quand survient son tour, enlève

Une goutte de l’océan, un grain de cette grève.

.

Et la feuille, disiez-vous qui virevolte dans le vent,

Insaisissable, ne serait-ce pas assurément 

Celle que les hommes nomment communément 

Le souffle, la conscience, l’âme tout simplement.

Guy E -février 2021

Petit délire

Petit délire

.

Je voulais arrêter le temps,

Le rendre intermittent.

.

De mon horloge, j’ai retiré l’aiguille :

Celle des heures qui a le plus de valeur,

Mais cela n’a pas été salvateur.

Dans la cour, l’ombre du sapin

A continué à tourner sans fin.

.

Alors, j’ai pris la grande aiguille,

Celle qui ressemble à une anguille.

Railleur, je l’ai montrée au soleil : 

Moqueur, il m’a ri au nez au réveil

Et l’ombre continuait à tourner.

.

J’ai alors décollé la dernière aiguille,

Celle qui fait courir les secondes

Et fait tourner le monde.

.

L’ombre ne s’est pas arrêtée.  

Alors, j’ai coupé l’arbre effronté

Et enfin l’ombre s’est effacée.

Il n’y avait plus d’ombre portée.

.

Derrière les carreaux entrouverts,

L’horloge scandait son tic-tac,

Et moi je comprenais : arnaque !

Guy E – février 2021

La rivière

La rivière

Un doux murmure parvient à mes oreilles.

La rivière paresseuse se languit au soleil,

Serpent fatigué se mouvant dans la vallée.

Une brise frivole, trouble du ciel le reflet.

.

Quelques rides légères, larges zébrures d’argent,

Effacent les reflets vacillants d’un saule blanc.

L’onde calme et limpide s’écoule sans menace,

Quelques branches crochues en griffent la surface.

.

Blessés par la dernière colère du vent,

Des aulnes penchent et pleurent des larmes de sang.

L’unique arche d’un petit pont de pierre 

Enlacé par cette liane, guirlande de lierre,

Enjambe d’un seul pas l’onde mystérieuse.

.

Le courant s’agite alors, à son approche rocailleuse.

Silencieusement, j’avance près du parapet.

Une truite file vers la berge, je suis suspect.

Indifférente, la rivière me renvoie mon image.

Alors, je regarde le temps qui me dévisage.

.

Guy E – janvier

Danse la vie

Danse la vie

.

Notre vie est une valse,

Une valse à trois temps 

Qui sont omniprésents.

.

Temps passé, photos classées ;

Toujours aussi présents, 

Sont les souvenirs du passé.

.

Temps présent, il est toujours temps,

Le temps de vivre au présent,

Et déjà c’est notre passé.

.

Temps futur, que d’incertitudes,

Notre présent repose sur cette certitude:

Vivre en espérant le futur.

.

Alors chaque jour créons le futur,

Alors chaque jour chantons le présent.

Alors dansons sans nous retourner.

.

Guy E – Janvier 2021

Le temps du temps

Le temps du temps

.

Il faut laisser le temps au temps.

Alors ces derniers temps,

J’ai cru un court instant

Que je n’aurais pas le temps 

Non pas que j’aie fait mon temps,

D’être à temps dans mon temps;

Mais à force de me passer le temps,

J’ai perdu un temps fou

A essayer de prendre à contre temps

Le temps qui passe tout le temps. 

 Maintenant, quel que soit le temps,

 Hiver ou printemps,

Temps de chien ou beau temps,

Je ne cherche plus à faire la pluie et le beau temps.

Et enfin je prends mon temps…

.

Guy E- janvier 2021