Mon hirondelle

Mon hirondelle

Quel message écris-tu dans cette brise légère ? 

Est-ce pour moi que dans le ciel tu dessines  

Ces élégantes arabesques au bord de la rivière?

Est-ce un message d’amour que j’imagine ?

Celui de ma bien aimée que tu as rencontrée

En volant au-dessus de lointaines contrées ?

Infatigable, tu bats des ailes de l’aurore au couchant,

Te moquant de nos pieds attachés à la terre.

Tu écumes les cieux et nous regardes en volant,

Alors tu descends sur l’étang de ton aile légère,

De la rivière capricieuse, tu suis les méandres.

Avec tes compagnes tu danses cette sarabande.

Rassemblées par dizaines au faîte de mon toit,

Quel conciliabule tiens-tu avec tes semblables?

Parles-tu du beau temps ou de mon émoi,

De ton prochain départ vers des pays plus affables ?

Quand reviendras-tu dans mon ciel petite demoiselle,

Ciseler mes nuages de tes dentelles intemporelles ?

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Guy E – janvier 2021

Le temps du temps

Le temps du temps

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Il faut laisser le temps au temps.

Alors ces derniers temps,

J’ai cru un court instant

Que je n’aurais pas le temps 

Non pas que j’aie fait mon temps,

D’être à temps dans mon temps;

Mais à force de me passer le temps,

J’ai perdu un temps fou

A essayer de prendre à contre temps

Le temps qui passe tout le temps. 

 Maintenant, quel que soit le temps,

 Hiver ou printemps,

Temps de chien ou beau temps,

Je ne cherche plus à faire la pluie et le beau temps.

Et enfin je prends mon temps…

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Guy E- janvier 2021

Mon amour

Mon amour

Te souviens-tu de cette saison délicieuse

Au bord de la fontaine moyenâgeuse,

La pierre était si fraiche et ta main si chaude,

Nous nous découvrions fait l’un pour l’autre.

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Ce baiser échangé mit nos cœurs en émoi,

Et tu frissonnais sous la pression de mes doigts.

Les roses les plus belles pouvaient bien éclore

 A la lumière de ton corps, bien terne décor.

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Tandis que l’esprit des sens nous habitait,

L’ivresse de l’amour infini nous transportait.

T’ai-je dit ce jour-là, la douceur de tes yeux,

Et le trouble certain de mes gestes audacieux.

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Alors vint le temps souriant des promesses,

Tu es devenue ma force aussi ma faiblesse.

Le fond de mes pensées, le guide de ma sagesse.

Nos cœurs à l’unisson sont notre forteresse.

Guy E – janvier 2021

Araignée

Araignée

Fil après fil, patience d’araignée,

Fil après fil, tu tisses et tu brodes,  

Dans le verger avec méthode.

Dès l’aube, tu tends ton voile.

À l’écorce, tu accroches ton étoile,

Soie ténue, à quoi est-elle retenue ?

Ton instinct se perpétue,

Et dans le silence du petit jour, 

Déjà, tu balises ton parcours.

Ta lyre accordée se perle de rosée,

Labeur de la nuit, cousue de fil blanc.

Arrimé à la branche, ton piège vibrant

A l’approche de la proie joue son arpège.

Funambule, tu maitrises ton manège.

Déjà tu approches, où es-tu arachnide ?

Tu prépares ton venin, petit animal perfide.

Baiser amer, innocente créature,

Déjà, tu en as reçu la mortelle piqûre.

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Guy E- janvier 2021

Automne

Automne

Le temps est venu où la brise automnale

Souffle son écume laiteuse au-dessus du canal.

Le chêne altier se drape de couleurs mordorées,

Dans le verger, tombent quelques fruits fatigués.

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Les cerfs combattants sortent des lisières lointaines,

Appelant les biches à rejoindre leur domaine.

Déjà la clarté décroit et les nuits fraîchissent :

Dans la plaine, les prairies poudroient sans prémisse.

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Alors que les coteaux vendangent leur promesse,

Les tonneaux se remplissent dans l’allégresse.

Les troupeaux se rentrent par des chemins boueux 

Jonchés de feuilles poussées par des vents tumultueux.

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L’écureuil perd ses noix et compte les noisettes. 

Le crépuscule résonne au cri de la chouette. 

Le rougegorge est au jardin, l’hirondelle s’en va.

Enfin l’automne revient, déjà l’automne est là.

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Guy E – janvier 2021

Vivre

Vivre

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Vivre en écoutant la cascade 

Délivrant au matin clair son aubade.

Vivre en se désaltérant à la source azurée,

Jet limpide jaillissant du rocher.

Vivre au chant d’allégresse

De l’oiseau, promesse enchanteresse.

Vivre, bercé par l’incessant refrain

Des vagues de l’océan  souverain.

Vivre dans le bruissement 

D’un instant de recueillement.

Vivre du miel

Que l’on dispute à l’abeille.

Vivre au matin clair

Respirant une rosée salutaire.

Vivre sans autre caprice 

Que ton sourire complice.

Vivre sans autre  feu

Que celui de tes yeux.

Vivre ne connaisant qu’un bonheur

Celui que partage  ton coeur.

Vivre  de ton amour

Sans aucun autre recours.

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Guy E – janvier 2021

Songeries

Songeries

Vaisseau diaphane, voile de coton,

Tu voles vers de lointains horizons.

Au gré d’Éole, tu enflammes les nues, 

Dès l’aurore dans une course éperdue.

Irisant la toile céleste de nuances dorées,

Fuite sans bataille, tu cours les nuées.

Modelées par quelques dieux incompris,

C’est bien dans les courbes de mon esprit,

Formes aériennes, immatérielles et changeantes, 

Que visage ou animal tu enfantes.

Tu prolonges alors mes errances, rêveries.

Cupidon apparait, allégorie…

Fruits de ma conscience, je ne vois que toi

Ton reflet transporte mon cœur en émoi. 

Portés par l’onde limpide, sans compromis

Notre amour éternel nous réunit.

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Guy E – janvier 2021

Premiers jours d’hiver

Premiers jours d’hiver

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Un matin blanc se lève sur les prairies poudrées.

La lune pâle a maquillé dans la cour le chêne dénudé,

Couronne d’étincelles d’or et d’argent ;

Dans sa ramure blanchie, un corbeau bruyamment

croasse au-dessus du hameau encore sommeillant.

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Cri d’effroi de l’hiver, qui dans son premier regard,

Fige l’eau de la fontaine et glace la mare.

Alors que le froid tisse un linceul nimbé sur le verger,

Dans l’âtre, les flammes colorées se sont réveillées.

Les pétales d’une rose ourlée ponctuent l’allée.

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Déjà, l’orient s’illumine à la lumière du disque solaire

Accrochant mille strass aux abords de la clairière.

Lueur éphémère, halo féerique à la gloire de Hora.

Au fond des bois, la chouette scande ses hourras.

Paradis d’un jour ou Éden fugace,

Une lumière blafarde sculpte ce palais de glace.

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Animée par un léger souffle, une brume coquine,

Voile diaphane poussée par Éole, dessine

Une biche goûtant les dernières broussailles

Qui toujours aux aguets tressaille

Tandis que dans la haie arbustive,

Un merle affamé dispute à la grive

Les quelques dernières baies rouges du houx

Sous l’œil attentif et curieux d’un écureuil roux.

Une sitelle tambourine avec force

Une faine ancrée dans l’écorce.

Frileusement, les volets des chaumières languissantes

S’ouvrent sur des croisées de feuilles d’acanthe.

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La nature s’éveille, le monde s’émerveille.

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 Guy E -janvier 2021

Trois pâquerettes

Trois pâquerettes

J’ai rencontré en ce matin printanier,

Près de la clairière 

Au bord du sentier,

Cachées dans l’herbe, trois jolies pâquerettes

Fraîchement écloses encore couvertes de rosée.

Trois jolies pâquerettes,

Ouvrant innocemment leur collerette,

Dévoilant au promeneur derrière leur rosette

D’or et de velours leur petit cœur d’amourette.

La première toute timide

Se dépêcha de se refermer

Lorsqu’elle me vit approcher.

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La seconde très curieuse

Me demanda qui j’étais ;

Mais ne fut pas convaincue par mon air insouciant.

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La troisième plus délurée

Me prit la main

Pour que je l’effeuille.

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Je t’aime ma jolie pâquerette, un peu, beaucoup….

Alors ce matin-là, Je ne suis pas rentré seul.

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Et à chaque printemps,

Je te chante, ma jolie pâquerette, le refrain de nos amourettes.

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Guy E – janvier 2021

Éphémère

Ephémère

Comme une friandise offerte par la mère,

À peine convoitée et déjà  consommée,

À peine consommée et déjà oubliée.

Tout en ce monde n’est qu’éphémère.

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Plaisir d’un jour, passion sans entrain;

Il en va ainsi de ces amants qui s’enlacent le jour 

Pour mieux au soir advenu éloigner leur parcours;

Solitude retrouvée, plaisir sans lendemain.

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Tu traverses ton temps  tel un visiteur,

Evanescence des traces, il ne reste que ton œuvre,

ta mémoire se dilue avant de s’évanouir,

de se délayer dans le temps, l’espace d’une nuit,

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Que reste-il du papillon  chaque année de retour,

Et  qui butine la même fleur dans ta cour.

Revanche sur le temps ou subterfuge de la vie.

Paradoxe du temps, tout se termine dans l’oubli.

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Illusion d’éternité, La vie n’est que mystère, 

Périssable fut Le fruit des Hespérides,  

Et la vie est  temporelle, punition divine…

L’homme mortel une espèce éphémère….

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Guy E – janvier 2021

Canicule

Canicule

Sirius s’est levé, les cieux se sont dévoilés,

Ravivant les ardeurs d’un soleil surchauffé.

Autour de la mare, la terre crevassée

Autrefois foulée, piétinée, par le bétail,

Se déchire et s’entrouvre sur mille failles.

Portes des enfers pour des démons assoiffés

Dont le souffle brûlant flétrit les pâturages.

La frêle cascade pleure au-dessus du village.

L‘air surchauffé vibre par-delà les pierres,

Rien d’autre qu’une turbulence meurtrière.

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Quelques arbres dont le feuillage disparait,

Emporté et soufflé par une nuée enfiévrée, 

Offrent aux passereaux venus se mettre à couvert

Sous leur frondaison, un asile délétère.

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Plus d’animaux, plus de fleurs, plus de vivant

Qui osent encore affronter cet air pesant.

Les troupeaux assoiffés ont fui la fournaise

Inondant ce désert que plus rien n’apaise.

Désertes aussi les terrasses alanguies

Où les hommes accablés, victimes de torpeur,

Incapables de se mettre au labeur,

Manquent tour à tour de vigueur et d’énergie.

Un souffle ardent impose à tous le repos.

Le village somnole derrière des volets clos.

Une abeille en quête de nectar gesticule 

Sur les broussailles bravant cette canicule.

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Ainsi les yeux implorants, tournés vers l’olympe,

Dans un ultime espoir, tous exhortent les nymphes

A distiller au crépuscule par leur divine alchimie,

Les larmes de la terre en eau promesse de vie.

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Guy E – janvier 2021

Nostalgie

Nostalgie

Quand vient le soir et que se fane le lys

Je regarde vers le ciel naitre les étoiles,

Âmes des vivants qui tapissent la toile

Souvenirs des anges qui brillent avec malice.

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Quand s’écoulent une à une nos années fuyantes,

Et comme les feuilles du chêne séculaire

Qui se détachent et tombent inexorables à terre.

Souvenirs du printemps et d’effluves enivrantes. 

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Quand la marée dans son incessant va et vient

Prend et ramène grains après grains sur l’estran,

Abandonne au pied de la falaise dans son élan

Coquilles et carapace, vestige qui advient.

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Alors seulement, je me souviens du temps qui fut,

Illusion de l’esprit, méprise du temps qui est,

Défit au présent que le temps ne retient plus.

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Guy E – janvier 2021

Les cinq sens

Les cinq sens

Ce matin,

J’ai vu la lumière se refléter dans tes yeux

Et l’aurore enflammer les cieux.

Eos, baignant de ses larmes, rosée du matin

Annoncer l’astre du jour promesse du quotidien

Et l’espoir qui a suivi.

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Ce matin,

J’ai écouté le chant du temps qui passe,

le rire de l’enfant, ponctué de sanglots,

l’adagio de ta voix, qui m’a  transporté;

j’ai entendu ton appel

Et l’espoir qui a suivi.

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Ce matin,

J’ai senti le souffle glacé de l’hiver,

Le vide qui suit le néant,

Le rien avant le tien,

Puis ta main prenant la mienne

Et l’espoir qui a suivi.

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Ce matin,

J’ai respiré ton doux parfum,

Effluve cosmétique ou fragrance enivrante,

Raffinement des sens,

Et l’espoir qui a suivi.

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Ce matin,

J’ai goûté le bonheur,

Piment de la vie.

Tu étais là,

Et l’espoir qui a suivi.

Guy E – janvier 2021

Première neige

Première neige

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Première neige, premiers flocons,

Tu t’envoles, aile de papillon,

Tu te poses, tu t’accroches.

Aux branches et aux roches,

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Cristaux diaphanes et éphémères, 

La lune sourit à ta lumière,

Duvet qui me réchauffe le cœur,

Que ne réchauffes tu pas l’oiseau.

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Couette voluptueuse, il frissonne

Pendant que lentement tu cotonnes,

Tu apaises et repeins les fagnes,

A la pénombre, tu m’accompagnes.

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Ta blancheur efface les malheurs.

Sur mes joues brûlantes, quelle douceur,

Est-ce un rêve un songe que sais-je ?

Ta magie opère, point j’en doute,

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Poudre tourbillonnante, tu envoûtes,

Quel privilège de voir tes arpèges.

Chioné par tes notes charmée

Se surprend elle-même à danser.

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Guy E – janvier 2021