Constellations

Constellations

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Ce soir, la lune se pare de ses plus beaux atours.

Dans la vallée blanchie, elle regarde alentour

L’ombre des elfes fuyant les brumes glacées,

Esprits des nymphes perdues au-delà des futaies.

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Cette nuit, Orion accompagne ses chiens stellaires,

Et dispensant généreusement leur lumière,

Un cortège d’étoiles, guide les chasseurs.

Théâtre à ciel ouvert, déjà quelques prédateurs

Écartent les Voiles d’or et d’argent de la Vierge.

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Le Lion traque le Taureau, les Gémeaux se prosternent.

Andromède dépose sa Couronne Australe. `

Plus loin, galopant dans les cieux, le Petit Cheval.

Vers l’Autel du grand chariot, au-delà des limbes,

Vois-tu le Fils de Jupiter, Dieu de l’Olympe :

Héraclès pourfendant les Centaures mythiques ?

Magnifique épopée de la Grèce antique.

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À la surface du lac se réfléchissent, sublimes,

Les reflets lumineux du Cygne qui s’abîme,

Lumière fantasmagorique : j’ouvre les yeux 

Sur cette apparition, instant merveilleux.

Discrète, la lune s’échappe dans un soupir.

Cette nuit, j’ai vu une licorne jouer de la lyre.

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Guy E – février 2021

Océan

Océan

De mes mains, j’ai puisé l’eau de ton rivage :

Liquide insaisissable, ce n’était qu’un mirage. 

Elle s’est échappée, sans arme ni vacarme ;

Je n’en ai retenu difficilement qu’une larme.

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J’ai ramassé ton sable blanc sur ce rivage, 

D’entre mes doigts, il a glissé sur la plage.

Chacun de ses grains s’est répandu sur la jetée.

Je n’ai su garder que ce petit gravier.

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J’ai saisi une feuille tombée de ce chêne.

Elle a été emportée par le vent sans peine,

S’est envolée, perdue dans cette charmille.

Je n’ai pu rattraper que cette brindille.  

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Aucun filet n’a jamais retenu l’eau ni le sable,

Il en est de même pour les secondes, point de fable.

Chacune d’entre elles, quand survient son tour, enlève

Une goutte de l’océan, un grain de cette grève.

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Et la feuille, disiez-vous qui virevolte dans le vent,

Insaisissable, ne serait-ce pas assurément 

Celle que les hommes nomment communément 

Le souffle, la conscience, l’âme tout simplement.

Guy E -février 2021

Écrire ce n’est pas tout!

Poème pour la Saint Valentin

Écrire ce n’est pas tout!

Enfin, l’hiver passe,

De nos vies, il s’efface.

Pendant cette saison,

J’ai assouvi ma passion.

Sans état d’âme,

J’ai exploré mon âme,

Sondé ma mémoire,

Sans trop m’émouvoir.

À la recherche de l’enfance

J’ai fait un examen de conscience,

Puis appréhendé les temps :

Celui qui nous dépasse,

Nous rapproche de l’impasse,

Enfin celui qui fait les saisons,

Qui ramène les floraisons.

Je me suis émerveillé de la nature.

J’ai pleuré sur la planète qu’on dénature.

Enfin, J’ai éprouvé mon amour,

A la recherche de ton amour.

Et toujours fidèle à moi-même,

Je reste fidèle à toi-même,

En te disant : Je t’aime.

Guy E – février 2021

Gaïa

Gaïa

Séléné est sortie et regarde la terre.

De son regard moqueur elle toise Jupiter.

Fille ainée d’Hypérion, elle lève ses armées

En montrant du doigt, Gaïa, la bien nommée.

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Elle regarde l’océan, souffle sur les voiliers

Mais ne voit à leur place que de noirs pétroliers.

Où sont ces oiseaux, jadis empereurs des mers,

Leurs ailes sur un océan de polymères ?

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Les eaux apaisées qui caressaient les galets

Agitent alors leurs vagues en frappant les rochers

Et jettent sur les dunes une troupe de démons,

Arrachant le sable, détruisant les maisons.

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L’astre lunaire au plus fort de son périgée,

En flots déchainés dépêche ses marées.

Envoyant ses titans, déchaîne ses tempêtes ;

Point d’indulgence, elle poursuit sa conquête.

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A l’origine du mal, le peuple insoucieux 

Regarde incrédule, la colère des cieux.

Sans comprendre ce qu’ils ont fait du paradis :

De l’Élysée, ils en ont fait une tragédie.

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Guy E – février 2021

Petite fleur

Petite fleur

Une senteur, une couleur, petite fleur.

Dès l’aurore, tu ouvres à la première heure

Tes pétales parfumés, virginale corolle

Perlée d’une fine rosée. Et sans protocole,

Tu offres de ton calice le savoureux nectar.

Ton petit cœur battant, tu te prends pour une star.

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Frêle, tu te laisses bercer par ce doux zéphyr.

Alors tu exhales ta subtile fragrance, envoûtant élixir

A faire tourner la tête à plus d’une créature.

Aujourd’hui, tu ne jures plus que par Épicure.

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Jolie fleur bleue, innocente petite sotte !

Vois-tu ce séduisant bourdon en redingote

Qui se pose sur ton décolleté, en séducteur ?  

Serait-il amoureux ou habile maraudeur ?

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Dans un subtil ébat, il s’enivre de ton miel,

Te violente gentiment, péché véniel,

Puis s’envole lourdement vers d’autres hymens.

Il te laisse en partant quelques grains de pollen,

En ton sein, prochainement, ils fructifieront.

C’est ainsi que naît la vie de chaque fleuron.

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Guy E – février 2021

La chauve-souris

La chauve souris

Je suis une chauve-souris, un oiseau sans plume
Créature de la nuit, je sors à la pleine lune
Dès le crépuscule, je me glisse hors de ton toit
Belle-de-nuit, c’est l’obscurité que je côtoie

Je virevolte, farandole sous ton réverbère,
À la recherche d’un de ces jolis coléoptères.
Alors que déjà je me crois au firmament
J’effleure et frôle vos têtes innocemment.

Serais-je animée par ces sombres desseins
Injuste renom que me prêtent les humains
À ce bal des vampires,  Serais-je invitée
Emportées par une chorégraphie effrénée.

Je déploie vivement mes ailes abat-jour,
Dissimulée derrière mon masque de velours,
J’ai la dent acérée et l’oreille affutée
J’écume la nuit de tous ces insectes ailés.

À l’aube qui pointe, je me rapproche de ton toit
La lumière du jour n’est pas faite pour moi.
Mes yeux bien inutiles manquent d’expression.
Le ventre rassasié, je me replie dans ma maison.

Guy E – février 2021

Petit délire

Petit délire

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Je voulais arrêter le temps,

Le rendre intermittent.

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De mon horloge, j’ai retiré l’aiguille :

Celle des heures qui a le plus de valeur,

Mais cela n’a pas été salvateur.

Dans la cour, l’ombre du sapin

A continué à tourner sans fin.

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Alors, j’ai pris la grande aiguille,

Celle qui ressemble à une anguille.

Railleur, je l’ai montrée au soleil : 

Moqueur, il m’a ri au nez au réveil

Et l’ombre continuait à tourner.

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J’ai alors décollé la dernière aiguille,

Celle qui fait courir les secondes

Et fait tourner le monde.

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L’ombre ne s’est pas arrêtée.  

Alors, j’ai coupé l’arbre effronté

Et enfin l’ombre s’est effacée.

Il n’y avait plus d’ombre portée.

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Derrière les carreaux entrouverts,

L’horloge scandait son tic-tac,

Et moi je comprenais : arnaque !

Guy E – février 2021

Voyage

Voyage

Si tu veux, nous repartirons prochainement.

Les jours grandissant, nous irons au printemps,

Éveiller nos sens à ces aurores empourprées,

Promesse du sel de la vie en ces nouvelles journées.

Et les cieux embrasés flamboieront aux couchants,  

Illuminant nos vies des ors du firmament.

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Nous apprendrons ces paisibles crépuscules

Où la lune reflètera pour nous, en préambule,

Sa douce lumière sur ce lac argenté, miroir, 

Écho du ciel et de ses innombrables étoiles.

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Ensemble, les yeux tournés vers les frondaisons,

Notre couple harmonieux en cette heureuse saison

Verra de cette forêt les rameaux reverdir, 

Dans les plaines, les dociles troupeaux ressortir.

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La rivière célèbrera de son chant cristallin

L’onde libérée de l’hiver, fixant le chemin

À notre maison roulante, refuge et foyer.

Nous ferons défiler ce ruban bitumé.

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Il nous guidera vers ces oiseaux colorés

En réchauffant le cœur, et nos âmes enchantées.

Nous réaliserons ces rêves imaginés   

Au coin du feu, alors que le ciel floconnait.

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Nous chercherons ces bâtisseurs de cathédrales

Les vestiges romains et ces ruines ancestrales.

Un moulin, ce canal, une ville, notre passion,

Seront de ce joli voyage l’inspiration.

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Le calme et la beauté seront notre douceur.

Allongée dans le pré pour saisir les senteurs, 

Tes images fabriquées retiendront ce périple.  

Puis l’instant se posera, le temps de se dire

Que la vie est belle. Oublier le temps qui passe!

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Guy E – février 2021

Spleen

Spleen

D’où me vient cet étrange sentiment, 

Une impression profonde, un étonnement,

Sensation d’un manque ou d’un oubli,

Retour sur un parcours ressenti.

Est-ce le fruit d’une ambiance 

Ou la source de ma défaillance?

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Je retrouve ma jeunesse ou peut-être mon enfance.

C’était le temps éphémère de l’insouciance,

Souviens-t’en, le temps qui passe est un voyage,

Qui ronge la mémoire, efface les visages. 

Je rêve et espère de la vie en cette fin d’hiver,

Les décors s’estompent, le désir est mon repère.

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Le temps est-il venu de glaner quelques fruits?

Se réjouissant du devoir accompli,

Je m’interdis ce retour vers le passé,

Dont les ombres ne sont que la lumière du présent.

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Guy E -février 2021

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le rapace

Le rapace

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Silhouette planante dans un azur bleuté,

Au-dessus des montagnes, silhouette affûtée.

Les airs sont ton royaume, ton règne est souverain.

Le regard acéré, quelle chance a le lapin ?

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Tu as les pattes emplumées, le bec affamé.

Évolution suprême, tu scrutes l’horizon :

Ta vie en dépend, tu te prépares à l’action. 

Grand chasseur, tes quêtes ne sont pas une aumône.

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Aux aguets, tu surveilles, juché sur ce pylône :

Ta proie insouciante est de sortie dans ta cour.

Tu planifies l’attaque et mesures son parcours.

Tes ailes se déploient et dévoilent leur envergure.

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Tu tournoies, ultime danse, c’est la nature !

Tes ailes se sont repliées, 

Tes serres se sont refermées.

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Guy E – février 2021

Le torrent

Le torrent

Après quel démon cours-tu donc si vite ?

Nouveau-né, simple filet d’eau insolite !

Tu quittes à peine tes neiges nourricières,

Virginal berceau qui t’a fait naître hier,

Et déjà sans remords, avidement, tu mords  

De tes sauvages rives escarpées les bords.

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Dans une aveugle fureur jamais égalée,

 Simple moment d’égarement ou férocité,

Tu arraches violemment lichens et mousses.

Dans ta course effrénée pleine de secousses,

Tu creuses rageusement ton lit dans le roc,

Tu n’épargnes alors ni les souches ni les roches.

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Jour et nuit, sans vergogne, tu grognes et tu cognes.

La nature n’entend rien d’autre que ta colère,

Dans cette descente infernale que tu opères. 

Tu traverses les prairies et les pâturages ;

Apaisé, tu reposes tes ondes sur le rivage.

Dans ce bassin quelques instants tu te poses,

 Tu reprends ensuite ton parcours grandiose.

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Tu t’apprêtes à percer cette falaise abrupte

Avant de t’abandonner dans cette chute,

Dans laquelle tu te jettes, sans méfiance et sans crainte,

En faisant résonner ta profonde complainte,

Vaste éclaboussure de flots tumultueux.

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Fatigué et lassé, tu rejoins vertueux,

Entre les saules argentés et les bruyères,

Le lit sablonneux de cette jeune rivière,

Dont le cours sans remous, apaisé et tranquille,

Calme l’agitation de tes ardeurs juvéniles.

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Guy E – février 2021

Il pleut sur mon âme

Il pleut sur mon âme

Il pleut sur mes carreaux, il pleut sur mon âme.

Une pluie battante referme tristement ma sphère,

Enfermant tous ses démons derrière cette trame,

Empêchant la délivrance prochaine qu’on espère.

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Poussés, fouettés par ce vent complice en croisade,

Ils envoient leur armée, grains et gouttes par myriades.  

Ces barbares frappent indécemment à ma porte, 

Sous la tonnelle, brutalement s’invitent en cohorte.

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Cruelles, les larmes du ciel s’immiscent et ravinent

Sur le toit ; une horde de furies tambourine,

Cherchant en vain quelque interstice à pénétrer.

L’air devient obscur, la lumière est épaisse …

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Il pleut sur la terrasse, il pleut en rafales.

Cascade céleste ou sombre génie du mal ?

Dans un infernal mugissement, une trombe.

La plaine est inondée et mon esprit succombe.

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Guy E – février 2021

Ton destin

Ton destin

Ouvre ce livre étrange appelé destinée :

Il commence toujours par tes jeunes années.

C’est le canevas interactif de ta vie,

Futur roman que tu n’as pas encore écrit.

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Regarde et noircis ces jolies pages blanches

Sur lesquelles, chaque jour, chaque nuit, tu planches.

Ces feuillets vierges n’attendent que ton histoire ;

Point de recettes, ce n’est pas un grimoire.

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De ton destin, tu n’es ni captif ni otage,

Mais de ton existence tu en as le dessein.

Aucune esquisse, ton avenir t’appartient.

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C’est ainsi que, jour après jour, page après page,

Tu en es l’auteur, le copiste et le héros.

De tous ces acteurs, tu deviens l’alter ego.

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Qu’il soit heureux, triste ou tragique, ton destin,

Ce n’est que lorsque tu écriras le mot fin,

Et que, las, tu en signeras les dialogues,

Que tes lecteurs pourront en écrire l’épilogue.

Guy E – janvier 2021

Étoile filante

Étoile filante

Je t’ai vue cette nuit-là, faiseuse de vœux,

Dans le ciel étoilé parmi tes semblables ;

Filante, tu étais bien la seule remarquable.

En cette soirée d’été, long trait lumineux,

Quel chemin divin désirais-tu nous montrer ?

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Nous étions l’un vers l’autre, pas encore enlacés,

Mais nos sens en émoi, des étoiles dans les yeux,

Timides et gênés, nous avons fait un vœu.

Nous avons fait le même vœu en cette soirée,

Silencieux, nous ne l’avons pas partagé.

Par Cupidon décochée, cette flèche acérée

Devant l’astre lunaire, sans se tromper est passée.

Vénus ne devait pas être loin pour cela !

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Je me souviens de la pleine lune ce soir-là :

En sa forme, je ne voyais qu’un cœur palpitant.

Cette étoile, diamant d’un soir, est passée devant ;

Ce fut déjà pour moi une constellation.

Alors, je fus ébloui par ce tourbillon :

Notre vœu se dévoilait, nous étions heureux,

Sous la voute éthérée, nous étions amoureux.

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Guy E – janvier 2021

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Crépuscule

Crépuscule

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J’aime ce moment indécis et déconcertant,

Quand le temps fuyant se dissout pour cet instant 

Où les créatures du jour se colorent en gris 

Et ainsi se fondent avec celles de la nuit.

La clarté rassurante du jour s’effondre. 

Il n’y a plus d’ombres, il n’y plus que des ombres.

Les couleurs bleuissent, les nuances s’emmêlent,

La lune se drape dans un halo de dentelles.

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Le sentier s’estompe ; j’hésite entre deux mondes.                                                                 

La forêt s’embrume et devient plus profonde.

Ma vision se trouble, je suis un clandestin.

Les arbres me tendent les bras, me montrent le chemin.

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Avant que la chouette et le hibou se saluent,

A l’approche des ténèbres, les oiseaux se sont tus.

Je goûte autant que je crains cet instant éphémère 

Où cet étrange silence s’impose sur la lumière.

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Mes sentiments affluent, mes craintes resurgissent

De mon âme d’enfant, souvenance ou malice,

Qui exhume ses démons et ses loups-garous.

Le soir tombe, je vagabonde entre chien et loup.

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Guy E – janvier 2021