Le geai

Le geai

À l’heure où les fontaines se figent 

Et que la branche du hêtre craque,

Blessure amère que le froid inflige

Soufflée par une brise démoniaque,

La neige recouvre les chemins du val.

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Mes pas tracent la marque de mon passage.

Simple impression dans ce monde virginal.

Je marche avec moi-même, mon esprit voyage…

Un cri strident retentit, me fait sursauter !

Sentinelle furtive ou apparition soudaine ?

Entre les branches du chêne se cache un geai :

Qui donc a osé pénétrer dans son domaine ?

Son écho résonne encore d’arbre en arbre.

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La forêt se tait, la forêt est prévenue.

Toute vie est suspendue, plus de palabre.

Suis-je une menace, suis-je le bienvenu ?

Que crains-tu gentil geai du fond de ta futaie ?

Serais-je un intrus, ou un voleur de glands ? 

Méfiant, tu restes à proximité de ta haie

Alors que je reprends lentement mon errance.

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Je remarque dans la neige brillante ce saphir bleu,

Que je garderai bien serré au creux de ma main. 

Patiemment ciselée, cette jolie plume bleue

Assurément réchauffera mon cœur chagrin.

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Guy E – Janvier 2021

Infini

Infini

Infini le désert qui s’enfuit à l’horizon,

Poussé par ce vent, véritable poison

Transportant l’espoir d’un peuple nomade.

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Infinie cette banquise, désert glacé

Qui glisse vers un océan agité,

Dernier refuge d’un monde sauvage.

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Infini l’océan qui s’écoule vers le lointain,

Emmenant avec lui la vie de ce marin.

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Infini le chagrin de l’épouse qui chaque matin

Espère en son sein le retour de son marin.

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Infinis son ennui et sa solitude intense

Quand elle mesure le vide de son absence.

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Infini ce temps, enfermé dans ce sablier

Qui lentement égrène les secondes sans l’oublier.

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Infinie cette profonde nuit étoilée

Comptant plus d’astres qu’elle ne peut imaginer.

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Infini le calice de cette fleur qui contient

Tous ces grains, espoir d’une vie sans fin.

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Infinis ses pensées et ses rêves

Qui transcendent chacune de ses aspirations.

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Infini son amour perdu qui à chaque respiration

Surpasse sa vaine passion.

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Infinie sa joie au retour de son bien aimé.

Guy E – janvier 2021

La croisée des chemins

La croisée des chemins

A chaque étape de ma vie, 

Toujours le même dilemme.

A cette croisée des chemins, 

Toujours ce même problème.

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Choisir, se révolter, s’adapter.

Je sais le sacrifice de la sélection…

Et si le choix n’était qu’illusion ? 

La décision ne serait que tentation.

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De par cette apparente liberté,

Je sens en moi l’angoisse monter.

Cette attente qui m’appartient,

Tourmenté, je ne peux la partager…

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Alors ma conscience se trouble,

J’erre dans le dédale de ma mémoire

À la recherche de mon histoire.

Mon acte, en toute conscience,

Sera-t-il suffisamment efficient ?

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Ainsi, je me tourne vers ton regard

Où assurément j’ai lu, à maints égards,

L’espoir d’un chemin, d’un rempart,

Qui grâce à toi ne doit rien au hasard.

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Guy E  – Janvier 2021

l’acrobate

L’acrobate

Je t’ai vu ce matin, acrobate de l’extrême,

Te balancer dans ce rayon de lumière. 

Funambule, tu défiais la pesanteur.

Te prenais-tu alors pour un oiseau 

Pour ainsi voler de branche en branche ?

Puis, tu descendais dans la clairière ;

En tous sens, tu courais sur la mousse,

Affairé, à la recherche de ton butin.

Était-ce un jeu, cette course éperdue ?

Où as-tu mis tes Louis d’or, bel écureuil ?

Cachés dans une souche à l’automne ?

Tel Barbe Noire, aurais-tu dessiné 

La carte du trésor sur cette feuille de chêne,

Sous le regard complice de l’hiver à venir ?

Espiègle, le vent mutin s’est levé. 

Farceur, le vent moqueur a soufflé

Et la feuille infidèle s’est envolée. 

Plus de témoin, plus de mémoire. 

A qui vas-tu adresser ta requête ?

Oseras-tu nous mendier quelques noix ?

Guy E – janvier 2021

J’ai demandé

J’ai demandé

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J’ai demandé timidement à la fauvette  

Qui de sa voix enchanteresse et fluette  

Chante éperdument la vie et la gaité 

Sur chacun des arbres du verger,

Dis-moi bel oiseau, où est le bonheur ?

La fauvette m’a regardé étonnée,

S’est remise à chanter et s’est envolée.

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J’ai demandé au merle de mon jardin

Qui siffle dans les allées dès le matin 

Et dans les haies renouvelle ses prouesses,

Mélodie joyeuse et pleine de sagesse,

Dis-moi bel oiseau, où est le bonheur ?

Le merle m’a regardé étonné,

S’est remis à chanter et s’est envolé.

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Alors, j’ai demandé au perroquet de la volière

Qui dansait tristement derrière sa barrière,

Dis-moi mon bel ara, où est le bonheur ? 

L’oiseau prisonnier m’a regardé étonné,

S’est remis à danser et a répété :

Où est le bonheur ? où est le bonheur ?

J’ai compris alors que le bonheur n’était pas là,

Le bonheur était en moi.

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Guy E – janvier 2021

Le Pic épeiche

Le pic épeiche

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Oiseau à damier

Tu joues sur l’échiquier.

Ton bec poignard

N’a aucun égard.

Oiseau à calotte,

Aussi rouge que ta culotte,

Quelle que soit la saison, 

Tu lances ta chanson.

Tu visites les troncs 

Au son de ton klaxon

Ombre insolite,

Tu as le rythme

Dans les plumes.

Tu tapes ton enclume,

Comme de coutume,

Cela fait ta fortune.

Tu danses et tu rapes.

Alors tu tapes, tapes, tapes,

Jusqu’au bout du jour.

Tout en haut de ta tour,

Tu joues de ta musique

Et tu piques, piques, piques,

Dès la fin de la nuit.

Et tout cela me réjouit.

Guy E – janvier 2021

Parcours de vie

Parcours de vie

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J’ai marché pas à pas,

Pour un meilleur résultat.

J’ai cueilli fleur après fleur,

À la recherche du bonheur.

J’ai cherché la lumière

Pour que s’écrive ma prière.

Minute après minute, 

J’ai livré quelques luttes.

Chemin après chemin,

J’ai choisi mon destin.

Page après page,

J’ai dessiné mon image.

Désir après désir, 

J’ai assouvi mes envies.

Chagrin après chagrin,

J’ai récolté quelques grains.

Pluie après pluie,

J’ai lavé mes ennuis.

Cantate après cantate,

J’ai composé ma sonate.

C’est ainsi que défi après défi,

J’ai construit ma vie.

Guy E – janvier 2021

Danse la vie

Danse la vie

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Notre vie est une valse,

Une valse à trois temps 

Qui sont omniprésents.

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Temps passé, photos classées ;

Toujours aussi présents, 

Sont les souvenirs du passé.

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Temps présent, il est toujours temps,

Le temps de vivre au présent,

Et déjà c’est notre passé.

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Temps futur, que d’incertitudes,

Notre présent repose sur cette certitude:

Vivre en espérant le futur.

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Alors chaque jour créons le futur,

Alors chaque jour chantons le présent.

Alors dansons sans nous retourner.

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Guy E – Janvier 2021

Nuit d’orage

Nuit d’orage

Alors que le jour s’achève sur les gazons,

Quelques éclairs électriques zèbrent l’horizon.

Changement de décor pour l’auditoire,

Les prés et forêts, théâtre du soir, 

S’illuminent d’une lumière irréelle,

Prélude à la soirée qui nous appelle.

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Déjà comme une répétition du mouvement,

Les acteurs préparent leurs instruments.

Jeu de lumière, la plaine est une scène.

Ainsi résonne une complainte lointaine.

L’orchestre débute enfin sa symphonie

Et lance cette lancinante litanie.

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Interprétation des premiers tambours :

Prélude de l’angoisse qui monte alentour

Et soudain se rapproche, et nous entoure.

Souffle des vents sur les chemins du bourg.  

En duo jouent la flûte et le hautbois, 

Les cors et trompettes donnent de la voix, 

Les tam-tams et timbales battent et grondent.

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En rythme, des vents puissants répondent.

Un frappement de cymbales retentit,

Alors que le roulement de tambours 

Se perpétue longuement dans les faubourgs.

Le public averti s’abrite, se terre.

L’air s’embrase à coup de tonnerre.

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De lourds nuages ont effacé la lune

Qui pleure un déluge sur son infortune.

Les gouttes d’eau jouent des maracas sur le toit.

L’eau ruisselle dans la rigole qui se noie.

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La grosse caisse redouble en cadence,

S’apaise, reprend, enfin tire sa révérence.

Derrière la colline, les vents se retirent.

Dans le village, les hommes respirent.

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Guy E – janvier 2021

Trinité

Trinité

Toute mon âme, mon corps et ma conscience,

Trinité non divine, esprit de mon essence,

Je parcours mon monde, recherche spirituelle

Souvent étriqué dans cette enveloppe charnelle.`

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Je laisse mes sens s’échapper de cette cage,

J’imagine l’éternité d’un autre âge.

J’entends la musique céleste, âme du violon,

J’écoute ce que l’univers inspire à ma raison.

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Je regarde l’infini au-delà de l’horizon,

Où il n’y a ni tempête ni saisons.

À la recherche de l’au-delà et de l’éternité,

Je ne vois de l’existence que I‘immensité,

Nulle trahison, mais nul esprit divin ;

Souvent et partout je t’ai cherché en vain.

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Mon âme se perd près des rives du néant.

Mon corps se fracasse sur les récifs du temps.

Ma conscience me ramène au bord de la raison.

De l’incertitude, j’en ai gouté le poison.

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Dans les geôles du temps, l’espace est mon domaine.

Nulle part, je vois Dieu et ses lois souveraines.

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L’origine de la vie est ailleurs en l’univers.

Où il n’y a ni sanctuaire ni frontière.

Alors, mon devenir se dilue dans le temps,

Comme une goutte d’eau versée dans l’océan.

Je préssens l’ombre de l’essence de l’humanité    

Sans esprit divin, sacrilège envers les divinités.

La nature, fruit du créateur, contrarie mes sens.

Je mesure les champs du possible, fruits de mon intelligence.

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Alors, je ne vois qu’un abîme sans lumière,

En son sein, une oubliette sans prière.

Guy E – janvier 2021

Mon hirondelle

Mon hirondelle

Quel message écris-tu dans cette brise légère ? 

Est-ce pour moi que dans le ciel tu dessines  

Ces élégantes arabesques au bord de la rivière?

Est-ce un message d’amour que j’imagine ?

Celui de ma bien aimée que tu as rencontrée

En volant au-dessus de lointaines contrées ?

Infatigable, tu bats des ailes de l’aurore au couchant,

Te moquant de nos pieds attachés à la terre.

Tu écumes les cieux et nous regardes en volant,

Alors tu descends sur l’étang de ton aile légère,

De la rivière capricieuse, tu suis les méandres.

Avec tes compagnes tu danses cette sarabande.

Rassemblées par dizaines au faîte de mon toit,

Quel conciliabule tiens-tu avec tes semblables?

Parles-tu du beau temps ou de mon émoi,

De ton prochain départ vers des pays plus affables ?

Quand reviendras-tu dans mon ciel petite demoiselle,

Ciseler mes nuages de tes dentelles intemporelles ?

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Guy E – janvier 2021

Le temps du temps

Le temps du temps

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Il faut laisser le temps au temps.

Alors ces derniers temps,

J’ai cru un court instant

Que je n’aurais pas le temps 

Non pas que j’aie fait mon temps,

D’être à temps dans mon temps;

Mais à force de me passer le temps,

J’ai perdu un temps fou

A essayer de prendre à contre temps

Le temps qui passe tout le temps. 

 Maintenant, quel que soit le temps,

 Hiver ou printemps,

Temps de chien ou beau temps,

Je ne cherche plus à faire la pluie et le beau temps.

Et enfin je prends mon temps…

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Guy E- janvier 2021

Mon amour

Mon amour

Te souviens-tu de cette saison délicieuse

Au bord de la fontaine moyenâgeuse,

La pierre était si fraiche et ta main si chaude,

Nous nous découvrions fait l’un pour l’autre.

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Ce baiser échangé mit nos cœurs en émoi,

Et tu frissonnais sous la pression de mes doigts.

Les roses les plus belles pouvaient bien éclore

 A la lumière de ton corps, bien terne décor.

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Tandis que l’esprit des sens nous habitait,

L’ivresse de l’amour infini nous transportait.

T’ai-je dit ce jour-là, la douceur de tes yeux,

Et le trouble certain de mes gestes audacieux.

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Alors vint le temps souriant des promesses,

Tu es devenue ma force aussi ma faiblesse.

Le fond de mes pensées, le guide de ma sagesse.

Nos cœurs à l’unisson sont notre forteresse.

Guy E – janvier 2021

Araignée

Araignée

Fil après fil, patience d’araignée,

Fil après fil, tu tisses et tu brodes,  

Dans le verger avec méthode.

Dès l’aube, tu tends ton voile.

À l’écorce, tu accroches ton étoile,

Soie ténue, à quoi est-elle retenue ?

Ton instinct se perpétue,

Et dans le silence du petit jour, 

Déjà, tu balises ton parcours.

Ta lyre accordée se perle de rosée,

Labeur de la nuit, cousue de fil blanc.

Arrimé à la branche, ton piège vibrant

A l’approche de la proie joue son arpège.

Funambule, tu maitrises ton manège.

Déjà tu approches, où es-tu arachnide ?

Tu prépares ton venin, petit animal perfide.

Baiser amer, innocente créature,

Déjà, tu en as reçu la mortelle piqûre.

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Guy E- janvier 2021

Automne

Automne

Le temps est venu où la brise automnale

Souffle son écume laiteuse au-dessus du canal.

Le chêne altier se drape de couleurs mordorées,

Dans le verger, tombent quelques fruits fatigués.

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Les cerfs combattants sortent des lisières lointaines,

Appelant les biches à rejoindre leur domaine.

Déjà la clarté décroit et les nuits fraîchissent :

Dans la plaine, les prairies poudroient sans prémisse.

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Alors que les coteaux vendangent leur promesse,

Les tonneaux se remplissent dans l’allégresse.

Les troupeaux se rentrent par des chemins boueux 

Jonchés de feuilles poussées par des vents tumultueux.

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L’écureuil perd ses noix et compte les noisettes. 

Le crépuscule résonne au cri de la chouette. 

Le rougegorge est au jardin, l’hirondelle s’en va.

Enfin l’automne revient, déjà l’automne est là.

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Guy E – janvier 2021